Poitiers, Poitiers... 2 minutes d'arrêt...
 
par Chantal Crétois

 

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" Poitiers, Poitiers... 2 minutes d'arrêt... "
Deux minutes...
Pour moi ce seront deux jours, ou plutôt deux fois deux jours puisque je dois revenir la semaine d' après.
 
(Pourquoi est-ce que je ne trouve pas l'escalier qui me mènerait directement dans le hall où j'ai rendez-vous avec la professeure qui m' accueille, dans cette gare que pourtant je connais ?
Pourquoi est-ce que j' emprunte la passerelle qui sort directement sur la ville, ce qui m' oblige à faire demi-tour?
Pourquoi ce temps perdu qui diffère le moment de la rencontre?
Peut-être pour laisser affluer mes souvenirs de cette ville, d'un autre temps, il y a longtemps, des êtres que j' y ai connus, des pierres que j' y ai contemplées? Et le goût de ce temps-là?...)
Me voilà pourtant dans le hall de la gare... un vaste sourire m' y accueille, qui m'accompagnera tout le temps de ce séjour de travail, celui de la professeure qui m' attendait, Madame Miel.
Le passé est retourné dans sa case, je vais refaire connaissance avec cette ville, pour ma grande joie.
Cette ville non plus côté passé, mais côté avenir et rires d' ados...
Le projet me revient en tête vif et brillant, celui de ces deux classes, si bien guidées par Madame Miel, en liaison avec des classes de maternelle.
Ces 5e, en effet ,sont jumelés avec des petits qu'ils ont rencontré l' automne précédent (je verrai des photos: les regards protecteurs des grands sur leurs petits, et la main des petits cherchant dans la grande main des ados dans une confiance souriante)
Madame Miel a confié aux petits deux chiens (un pour chaque classe) en peluche qu' ils ont appelés Vanille et Douceur.
Ce jour-là, aussi elle leur a fait faire connaissance avec un chien d' exception, celui qu' elle prend en charge pour quelques mois afin de lui apprendre à accompagner les personnes handicapées en fauteuil roulant.
Les 5e aussi découvriront Valley, et verront le document que je regarderai aussi, chez Madame Miel: la remise des chiens aux handicapés, l' émotion presque brutale de ces rencontres, bouleversante.
 
 


 
 
A partir de ces peluches, les petits ont écrit déjà et transmis leurs phrases aux grands, à charge pour eux de les reprendre dans leur livre... Oui, chaque soir, un petit se voyait confier, Vanille ou Douceur, selon sa classe, et le lendemain, il devait raconter tout ce qui s' était passé avec le chien...
 
C'est pourquoi, lorsque j' arrive ce matin-là, un matériau riche et abondant est à disposition: ces souvenirs des élèves, leur amitié pour les petits, les récits de leurs protégés, et leur affection pour Valley et tout ce qu' elle représente.
Voilà, il y avait tout ça, cette émotion palpable dont ils débordaient_ contre laquelle ils se défendaient aussi, pour certains...
Alors après...
Après je ne sais plus. ...je ne sais plus parce que c'était le travail: prendre tout cela à bras le corps , ensemble, chercher une histoire qui rassemble, reprenne ce matériau, en laisse aussi, parce que c'est comme ça (comment on dirait chez moi? Ah oui " la part des anges "...)
Après, oui, c'est le travail, j 'étais dedans, je ne sais plus...
Deux classes et deux chiens différents dans des familles différentes, avec plus ou moins de tendresse, plus ou moins d' âpreté.
Deux jours, deux fois, et l' émotion, le découragement, la fatigue, les interrogations, l' enthousiasme, la fatigue encore...
Le bilan, quel bilan faire? Non je ne saurais pas, ça ne m' appartient pas, ou pas encore, cette possibilité de faire le bilan.
Seulement ces mots: j' espère avoir été utile.
Quand je repars_bornée par la fatigue_, c'est encore la même voix : " Poitiers Poitiers deux minutes d' arrêt... "
Je n 'ai plus trop de pensées en tête sauf cette certitude: cette ville que j' aimais, je l' aime plus encore, mais ce n' est plus pour moi la même, je laisse derrière moi des visages amis, des moments partagés dans l' effort, des rires, et l' accueil tellement chaleureux de Madame Miel, de sa famille.
Si je reviens, je suis sûre de trouver l' escalier qui conduit directement dans le hall de la gare.
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