Le Havre, ville martyr
Collège Romain Rolland avec Brigitte Coppin
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Le Havre, ville martyr, ville rouge, ville gris déprime, ville phare inscrite au patrimoine à l'Unesco.
Le Havre, port de la mer océane, porte ouverte vers le lointain, bouche de la Seine vers le ventre de Paris, docks au charbon, aux épices, havre des paquebots géants, jetée des adieux, quai de la misère ou de l'espoir.
Voir le Havre et mourir. Vivre au Havre ? Plutôt mourir !
Rien n'est simple.
Le vent vous apporte l'iode du large et les senteurs raffinées du pétrole en plein raffinage, le ballet des mouettes et celui des cargos brisés.
Au Havre il y a ceux d'en bas, qui vivent au ras de l'eau dans le béton rose d'Auguste Perret ; il y a ceux d'en haut, le nez collé au gris du ciel dans les tours et les barres dégradées de l'après baby-boom.
Ceux d'en bas ne montent guère s'encanailler dans les cités du plateau. Ceux d'en haut ne descendent pas voir la mer. Ce serait un trop grand voyage.
Les élèves de Romain Rolland sont d'en haut.

Avec leur professeur de Français, ils sont descendus voir la mer, les docks, les bassins, la tour creuse de l'église Saint Joseph, la falaise au bout de la promenade où y a les marchands de frites, et puis la librairie, un magasin qui vend des livres, que des livres, et même les livres de vous, parce qu'on les a vus en vrai.
Ce sont des sixièmes.
Pour m'accueillir, ils ont lu à voix haute, en mettant l'enthousiasme et le ton, un des " contes de loups " que j'ai écrits et qui raconte la Bête de Gévaudan.
Dans leur histoire à eux, qui avait pour toile de fond la ville du Havre, ils ont fait bondir un loup, en clin d'¦il avec l'auteur de leur livre qu'ils ont en vrai.
Surtout, ils ont inventé une ville, ni haute ni basse, ni porte ni bouche. Une ville ronde et solitaire comme une île, nourrie par le va-et-vient d'un bateau vers la terre ferme. Dans les docks où s'entassent les vivres, veille un gardien qui ne survivra pas à l'assaut des pirates.
 
 
C'est Anna, sa fille, aidée du loup Wolf, et de Karl, le pirate au grand coeur, qui prend le relais pour guider le navire depuis le phare bleu de la tour saint joseph. Il faudra, avant la fin de l'histoire, freiner la catastrophique invasion d'un virus inconnu et redonner vie au fantôme du père grâce à un bain de minuit involontaire.
Palpitant, poétique, fantastique. Comme d'habitude, les filles tiraient vers le sentimentalo-familial, : " elle saurait pas que ça serait son père mais ils auraient une marque sur la peau et comme ça", les garçons vers le technologico-héroïque : " une île qui flotte car le socle serait en chlorure de potassium pur et mélangé à l'azote liquide, et le fantôme s'en servirait pour "

Nous avons construit la marmite bouillonnante de l'inspiration dont il faut saisir les éclaboussures.
Nous avons fait une excellente mayonnaise, que nous avons dégustée au milieu des embruns, en évitant les virus qui nous pleuvaient dessus.
Nous avons ri, soupiré, barré, gommé, cherché, raté, râlé, recommencé.
Nous avons écrit. C'était bien.
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