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- Le Havre, ville martyr, ville rouge, ville
gris déprime, ville phare inscrite au patrimoine à
l'Unesco.
Le Havre, port de la mer océane, porte ouverte vers le
lointain, bouche de la Seine vers le ventre de Paris, docks au
charbon, aux épices, havre des paquebots géants,
jetée des adieux, quai de la misère ou de l'espoir.
Voir le Havre et mourir. Vivre au Havre ? Plutôt mourir
!
Rien n'est simple.
Le vent vous apporte l'iode du large et les senteurs raffinées
du pétrole en plein raffinage, le ballet des mouettes
et celui des cargos brisés.
Au Havre il y a ceux d'en bas, qui vivent au ras de l'eau dans
le béton rose d'Auguste Perret ; il y a ceux d'en haut,
le nez collé au gris du ciel dans les tours et les barres
dégradées de l'après baby-boom.
Ceux d'en bas ne montent guère s'encanailler dans les
cités du plateau. Ceux d'en haut ne descendent pas voir
la mer. Ce serait un trop grand voyage.
Les élèves de Romain Rolland sont d'en haut.
Avec leur professeur de Français, ils sont descendus voir
la mer, les docks, les bassins, la tour creuse de l'église
Saint Joseph, la falaise au bout de la promenade où y
a les marchands de frites, et puis la librairie, un magasin qui
vend des livres, que des livres, et même les livres de
vous, parce qu'on les a vus en vrai.
Ce sont des sixièmes.
Pour m'accueillir, ils ont lu à voix haute, en mettant
l'enthousiasme et le ton, un des " contes de loups "
que j'ai écrits et qui raconte la Bête de Gévaudan.
Dans leur histoire à eux, qui avait pour toile de fond
la ville du Havre, ils ont fait bondir un loup, en clin d'¦il
avec l'auteur de leur livre qu'ils ont en vrai.
Surtout, ils ont inventé une ville, ni haute ni basse,
ni porte ni bouche. Une ville ronde et solitaire comme une île,
nourrie par le va-et-vient d'un bateau vers la terre ferme. Dans
les docks où s'entassent les vivres, veille un gardien
qui ne survivra pas à l'assaut des pirates.
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- C'est Anna, sa fille, aidée du loup
Wolf, et de Karl, le pirate au grand coeur, qui prend le relais
pour guider le navire depuis le phare bleu de la tour saint joseph.
Il faudra, avant la fin de l'histoire, freiner la catastrophique
invasion d'un virus inconnu et redonner vie au fantôme
du père grâce à un bain de minuit involontaire.
Palpitant, poétique, fantastique. Comme d'habitude, les
filles tiraient vers le sentimentalo-familial, : " elle
saurait pas que ça serait son père mais ils auraient
une marque sur la peau et comme ça", les garçons
vers le technologico-héroïque : " une île
qui flotte car le socle serait en chlorure de potassium pur et
mélangé à l'azote liquide, et le fantôme
s'en servirait pour "
Nous avons construit la marmite bouillonnante de l'inspiration
dont il faut saisir les éclaboussures.
Nous avons fait une excellente mayonnaise, que nous avons dégustée
au milieu des embruns, en évitant les virus qui nous pleuvaient
dessus.
Nous avons ri, soupiré, barré, gommé, cherché,
raté, râlé, recommencé.
Nous avons écrit. C'était bien.
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